Réaction d’un gérant au référendum italien

Le « non » au référendum italien n’est que la partie émergée de l’iceberg…

Au lendemain du référendum italien, les marchés européens digéraient très bien l’annonce de la démission de Matteo Renzi suite à la victoire du « non » au référendum italien. Mais pour Florent Delorme (M&G), l’Italie va bientôt devoir faire face à des défis économiques et politiques majeurs.

Réaction calme sur les marchés

Les Italiens ont massivement rejeté dimanche le projet de réforme constitutionnelle proposé par le Premier ministre Matteo Renzi, qui a annoncé sa démission à l’annonce des résultats. Cette décision ouvre sur une période d’incertitude politique en Italie, aggravée par une situation économique toujours fragile. Les investisseurs ne se sont pourtant pas inquiétés de la situation. À 10h, le FTSE MIB italien gagnait 1,40%, une progression identique à celle du CAC40 en France. Sur le marché obligataire, le taux d’emprunt à 10 ans italien montait lundi, mais dans des proportions modérées, à 2,00% contre 1,90% vendredi soir. Les craintes des investisseurs sur la dette italienne restent contenues du fait que la BCE pourrait intervenir pour limiter la hausse des taux italiens au moindre emballement.

Néanmoins, pour Florent Delorme, macro-analyste chez M&G Investments, « L’Italie reste une source de préoccupation au-delà du référendum de dimanche. Le problème n’est pas seulement le résultat du vote mais surtout la tendance pour les prochaines années ».

Défis politiques à venir

Aux prochaines élections, l’Italie va devoir faire face à la montée du Mouvement 5 Etoiles, « très contestataire et faisant désormais jeu égal avec le Parti démocrate » de Matteo Renzi souligne l’analyste. Le Mouvement 5 Etoiles appelle à la tenue d’un référendum en Italie sur la sortie de pays de la zone euro, même si un tel projet semble difficile à envisager du fait que la Constitution italienne empêche la tenue de référendums pouvant remettre en cause les traités internationaux. Du fait de la nouvelle loi électorale entrée en vigueur en 2015, le Mouvement 5 Etoiles pourrait néanmoins obtenir la majorité au Parlement en obtenant seulement 40% des suffrages.

« Sur un horizon de quelques années, l’atteinte des 40 % semble envisageable » estime Florent Delorme, « surtout à cause du contexte économique actuel ».

Une situation économique fragile

L’économie italienne reste en effet très dégradée : « L’Italie a une dette de 130 % par rapport à son PIB et la croissance reste moribonde. Le PIB italien reste encore très en-deçà de son niveau de 2007 » rappelle l’analyste. « L’économie italienne a toujours fonctionné sur un modèle de dévaluation compétitive pour éliminer la dette grâce à l’inflation, mais cette solution a été mise à mal par l’euro. C’est aussi cela qui a nourri le sentiment anti-européen assez marqué en Italie ». Florent Delorme anticipe que « L’Italie restera dans l’actualité économique au cours des prochaines années, plus que la Grèce, dont la dette publique ne représente que 10% de la dette italienne ». Pour l’analyste, « La Grèce n’était pas systémique, mais l’économie italienne est en revanche d’une taille systémique ».

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