Quelle stratégie d’investissement favorisent les gérants pour 2017 ?

Vous trouverez ci-dessous, la reproduction d’un article paru le 16 janvier.

Pour de nombreux intervenants sur les marchés, ce début d’année 2017 apparaît comme un casse-tête : que faire suite au récent rallye boursier ? Faut-il craindre de nouveaux soubresauts en 2017 ? En somme, à quoi s’attendre cette année ?

Depuis plusieurs semaines, de nombreuses sociétés de gestion publient leurs analyses sur les perspectives financières de l’année 2017 et présentent les grandes lignes de leur stratégie d’investissement. Contrairement à l’an dernier, l’optimisme domine nettement. Pour autant, quelques sociétés de gestion soulignent de manière intéressante les limites des scénarios les plus haussiers.

Hausse de la croissance et de l’inflation en 2017 : mirage ou réalité ?

« Les investisseurs ont été tétanisés par le risque de déflation au cours des trois dernières années. Désormais, les tendances se renversent » expliquait la semaine dernière Philippe Uzan, Directeur des gestions chez Edmond de Rothschild AM.

François-Xavier Chauchat, économiste chez Dorval AM, évoquait également en début d’année « un retournement du cycle mondial » et des perspectives de relance budgétaire aux Etats-Unis qui « « désancrent » les investisseurs des thèmes de la stagnation séculaire et de la déflation ».

Ce fort optimisme est partagé par David Ganozzi, gérant du fonds Fidelity Patrimoine, pour qui l’année 2017 annonce « une symphonie de croissance enfin retrouvée après tant d’années de désynchronisation ». Selon lui, « La reprise n’est plus l’apanage des seules économies développées. La Chine qui polarisait l’an dernier à la même époque les craintes les plus irrationnelles, participe désormais aussi à cette impression ».

Cette opinion n’est cependant pas partagée par Philippe Ithurbide, chef économiste d’Amundi, pour qui le retournement d’opinion des investisseurs suite à l’élection de Donald Trump et l’amélioration des anticipations économiques sont des phénomènes globalement « trop beaux pour être vrais ».

« Pour ceux qui croient que le risque déflationniste a disparu, attention, on n’en est pas là » explique-til, soulignant qu’à long terme, « La démographie et la dette restent des facteurs négatifs pour la croissance » et l’inflation des économies développées.

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Pas d’emballement attendu sur les taux souverains

Dans cette même logique, l’économiste d’Amundi considère qu’en Europe, la hausse des taux longs observée fin 2016 ne devrait pas être un phénomène durable en 2017, du fait que les rachats d’actifs massifs de la BCE, qui atteindront plus de 700 milliards d’euros cette année, empêcheront toute augmentation significative du rendement des obligations souveraines.

Dans la même idée, aux Etats-Unis, « On s’attend à ce que les taux longs remontent encore au premier semestre, mais redescendent au second semestre » sur le marché obligataire, explique-t-il. Le fait que la Fed puisse finalement ne remonter ses taux directeurs qu’à deux reprises en 2017, et non trois comme annoncé, pourrait en effet soulager les investisseurs.

L’opinion d’Amundi vient contrecarrer l’idée désormais très répandue selon laquelle les taux seraient voués à poursuivre leur remontée après leur petit bond de la fin 2016.

Opinion partiellement confirmée par SwissLife AM, qui explique pour sa part s’attendre à « une nouvelle hausse des rendements des bons du Trésor américain au premier trimestre 2017 » mais ne préfère pas se prononcer au-delà de cet horizon de 3 mois.

Actions : l’optimisme domine malgré la crainte lancinante d’une correction

Parmi les quelques sociétés de gestion qui n’hésitent pas à parler des risques à venir sur les marchés actions cette année, SwissLife AM affirme sans détour qu’après le rallye de fin d’année 2016, « Il nous semble que le marché d’actions américain est mûr pour une correction ».

La société de gestion tempère néanmoins ses propos en expliquant que « Si notre évaluation se confirmait au cours des prochains mois, [la Fed] pourrait revoir les plans de normalisation de sa politique monétaire pour 2017 » et revenir à un discours plus accommodant susceptible de soutenir les marchés dans le courant de l’année.

Philippe Ithurbide d’Amundi reste pour sa part plutôt confiant sur les actions en ce début d’année, signalant un « biais favorable aux actions américaines » justifié par « la forte dynamique du dollar », tout en envisageant un probable changement de stratégie au second semestre, moins favorable aux actions américaines à cause de leur cherté et plus favorable aux actions européennes, qui devraient également bien se comporter au premier semestre.

Cet optimisme sur les perspectives des marchés européens et américains, partagé par Dorval AM ou encore Fidelity, est globalement représentatif de l’actuel discours ambiant des gérants.

Évoquant pour sa part la situation des pays émergents, parfois ciblés dans les discours de Donald Trump, la société de gestion Deutsche AM, filiale de Deutsche Bank, estime que « La prudence s’imposera en 2017 sur les marchés émergents en attendant de trouver le bon point d’entrée ».

Risques politiques : à quoi s’attendre ?

Dernier sujet largement commenté par les sociétés de gestion en ce début d’année : les risques politiques. Le premier trimestre 2017 sera marqué à la fois par la prise de fonction de Donald Trump et l’activation officielle de la procédure du « Brexit » au Royaume-Uni.

Philippe Ithurbide d’Amundi relativise le « risque Trump » en expliquant que, sur le plan économique, « On peut estimer que le président Trump rappellera davantage la candidate Clinton que le candidat Trump ». Le chef économiste d’Amundi alerte en revanche sur le fait que « L’impact du Brexit sera beaucoup plus grand qu’on ne le croit ».

Surtout, l’ensemble de la planète Finance surveillera avec attention les tendances de l’élection présidentielle française du 23 avril / 7 mai, suivie des législatives. Certains investisseurs craignent les conséquences de l’arrivée au pouvoir d’un parti eurosceptique, bien que cette perspective semble très lointaine d’après les derniers sondages.

Outre les élections législatives néerlandaises (avant le 15 mars) et les législatives allemandes (entre août et octobre), les investisseurs seront également très attentifs à la succession de Matteo Renzi au poste de Premier Ministre en Italie, qui pourrait causer quelques remous dans l’éternel dossier des banques italiennes.

Ces quelques inquiétudes sont balayées d’un revers de main par Dorval AM, qui s’attend à ce que les prochaines échéances électorales ne se traduisent par aucune mauvaise surprise. « La levée de ces angoisses pourrait permettre une surperformance de 10-15% des actions de la zone euro » en 2017, affirme ainsi la société de gestion.

Les prévisions n’engagent néanmoins que ceux qui y croient…

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